Soumission
Il parait que le meilleur moyen de combattre la tentation est d'y céder... Mme X. et Mr Y. présentent Pulp #2.
Le sexe, l’amour, le désir… On essaie souvent de foutre tout ça dans une seule et même boîte avec une belle étiquette bien rassurante. Comme si ça pouvait rester uniforme pour qu’on puisse garder une forme de contrôle… Non, c’est un spectre imperceptible, un caméléon changeant de couleur au gré de ses émotions, de ses vices et de ses envies du moment.
Parfois, c’est une tension moite et électrique qui te prend à la gorge au milieu de la nuit sur un beat des eighties. Parfois, c’est une prison de verre, un espace froid et clinique où tu baises comme un robot juste pour faire taire le silence. Et d’autres fois, c’est simplement le goût sucré et vénéneux d’un interdit qui te retourne le cerveau avant même que tu n’aies enlevé tes fringues.
Entre schizophrénie du désir, obsession hypnotique, impuissance émotionnelle… Nous sommes les passagers clandestins d’un train dont la destination reste aléatoire.
Et c’est sûrement ça qui rend le voyage captivant.
… Tellement vivant
Un rythme qui bat la chamade, une voix grave qui soupire dans le micro, des nappes de claviers entêtantes… C’est une atmosphère de tension sexuelle sombre et obsessionnelle que nous propose So Alive de Love and Rockets.
Sorti dans les bacs en 1989, ce morceau pop psychédélique au groove hypnotique raconte les tourments d’un homme qui désire de loin une femme aperçue dans une boite de nuit.
Comme un cœur qui bat, la grosse caisse nous impose d’emblée un bouillonnement intérieur. Elle dialogue avec une caisse claire sèche et obsessionnelle, une basse ronde et monotone et des notes de guitare nerveuses pour créer une atmosphère moite et organique qui parle immédiatement à nos esprits et à nos corps.
Simplicité, espace, respiration : la tension entre les notes nous prend clairement aux tripes. Elle s’intensifie avec les soupirs et la voix grave, plus murmurée que chantée, que Daniel Ash dépose au creux de notre oreille. Les nappes de clavier, les sons synthétiques et les chœurs féminins souls et sensuels participent à une ambiance particulière, celle des nuits de fête, quand la touffeur et le désir latent s’immisce entre le corps en mouvement.
« I’m alive… so alive» souffle Daniel au supplice, irrésistiblement attirée par cette inconnue.
« My head is full of magic, baby, And I can’t share this with you, The feel I’m on top again, baby, That’s got everything to do with you »
On est dans la tête du narrateur, on ressent ses rêveries érotiques, sa frustration, le trouble sexuel qui l’obsède.
Dans le film The rules of Attraction (2002), cette chanson met en exergue le désir secret de Paul (Ian Somerhalder) pour Sean (James Van der Beek)… et sa façon discrète de la soulager sans que l’autre ne s’en aperçoive.
Contrairement à de nombreux morceaux où la tension monte et finit par être résolue, So Alive ne propose pas de jouissance finale. Après nous avoir mis en condition, elle nous laisse trouver nous-même une sortie de secours à l’envie…
Une musique très 80’s qui exprime le désir à l’état brut.
So Alive - Love and Rockets :
…Burnes-out to burn-out
Est-ce que tu visualises ce genre de moment où tu ressens le besoin de trouver un film excitant à mater ? Pas un porno sur lequel tu fais avance rapide jusqu’à trouver la scène qui va bien, quelque chose de crédible et suggestif avec un vrai contexte de tension sexuelle pour faire monter le désir en toi.
Si tu es dans ce genre de configuration, oublie Shame de Steve McQueen. Un long-métrage au titre évocateur qui résonne comme une autopsie glaciale de l’addiction au cul, où chaque pénétration pue le désespoir.
La mécanique du vide
Dans Shame, Michael Fassbender incarne Brandon, un trentenaire new-yorkais propre sur lui, bel appart, bon taf. Mais Brandon a un passe-temps légèrement envahissant : il consomme du sexe comme d’autres enchaînent les clopes. Escorts, porno au boulot, plans cul dans les toilettes de bars, branlette… Le jour… La nuit… Son quotidien est une boucle infernale de mélange de fluides sans âme et de rouleaux de Sopalin.
Brandon baise comme il transpire et s’épuise sur son tapis de course. Le sexe apparaît alors comme un egotrip anesthésiant jouant sa partition dans le processus du déni et continuant d’écraser un peu plus une machine qui tourne à vide. McQueen dépeint un besoin insatiable et consumant : celui de posséder. Une obsession qui s’est généralisée au point de se muer en mode de vie où la frustration n’existe pas.
Ou comment les morbides stratégies du capitalisme effréné infiltrent jusqu’aux rapports sexuels.
Répondre à chaque envie dans l’instant. Ouvrir une appli, commander, consommer, recommencer… Jusqu’à toucher les limites du buffet à volonté. Jusqu’à considérer l’autre comme sa propriété.
Shame, c’est l’histoire d’un mec bouffé par son propre environnement, prisonnier d’une routine érigée à la hâte pour pouvoir y survivre. Un mec nourri aux pulsions mécaniques et devenu incapable de gérer la moindre intimité réelle. Un mec dont le corps ne réagit plus dès que s’installe un début de connexion émotionnelle, révélant ainsi son impuissance face au lâcher prise.
L’addiction au porno, la consommation fast-food des corps, le sexe en pilotage automatique... Les problématiques recensées sont quasiment les mêmes que sur Don Jon dont on parlait la semaine dernière. Mais là où Gordon-Levitt emballait ça dans une satire pop avec une porte de sortie vers la rédemption, McQueen nous enfonce la tête dans une eau glaciale violoneuse et désolante.
Mais finalement, les deux tendent à confirmer qu’il n’existe pas qu’une seule sexualité, tout comme il n’y a pas qu’une seule manière de la disséquer. Aussi, qu’elle reste un terrain vague où l’on finit toujours par croiser ses propres démons.
Et notre ligne édito n’a pas du tout honte de dire qu’elle apprécie l’idée.
… Nuits Clandestines
Le sexe interdit, c’est comme un bonbon que l’existence, cette insatiable tentatrice, nous propose comme un plaisir interdit. Et avant même d’avoir franchi le point de non retour, nos pensées sales nous préoccupent déjà l’esprit…
C’est ce qu’a vécu une de nos lectrices.
Elle nous a écrit son histoire.
Madame X. vous la raconte :
Musique : Eastern (mobygratis)
… encore des fantasmes
Dans le second épisode de notre série Carré Blanc, on change de point de vue.
Nous avons découvert le pot aux roses derrière les yeux de Jessica. C’est au tour de Sybille de nous faire vivre les tourments émotionnels et sexuels qui l’accablent suite aux événements révélés dans l’épisode n°1.
Attention, cette série est réservée à un public adulte !
Elle est aussi le privilège des lecteurs de PULP et protégée par un mot de passe. Pour accéder à l’épisode 2, vous devrez entrer le titre du single qu’on vous a présenté aujourd’hui.
Carré Blanc - épisode 2 / CONTRECOUP
Au bout du compte, qu’on soit en train de s’épuiser sur le tapis de course d’une sexualité machinale, en train de kiffer avec sa moitié, ou qu’on soit rongé par un fantasme inavouable, le cul reste un miroir implacable. Un miroir au reflet souvent inconfortable tant il nous confronte à nos failles, à nos limites, à une part de soi difficile à assumer.
Dans le fond, le désir se fout pas mal de la morale ou des beaux principes. L’emprise qu’ont les choses sur nous dépend intégralement de la place qu’on veut bien leur laisser.
Peut-être qu’on n’a juste pas envie de les contrôler.
Peut-être qu’on a besoin de se sentir désarmé.





Le désir n’a pas de moral et c’est tant mieux. Ce qui compte ensuite c’est de s’arranger avec sa conscience et d’assumer.
L’être humain est bien trop complexe pour mettre plaisir désir envie fantasme amour fidélité exclusivité dans un fourre tout sans mauvais jeu de mots…
Vous croyez pas qu'il fait assez chaud comme ça ?!
Grâce à vous 2, on est en aletre rouge caniculotte 😁
Toujours un régal de vous lire (et de vous écouter...)